« Ne craignez pas les hommes »(Mt 10, 26a)

« Ne craignez pas les hommes »(Mt 10, 26a)

« Soyez sans crainte », « n’ayez pas peur », voilà des conseils qui reviennent bien souvent dans la Bible. Trois cent soixante cinq fois selon certains. Aujourd’hui, le Seigneur nous invite à nous détourner de la peur des hommes pour opter pour la crainte de Dieu. Cette dernière est un des sept dons de l’Esprit-Saint, le respect dû à la grandeur de Dieu.

Blaise Pascal oppose la grandeur d’établissement, comme la noblesse de ce monde, à la grandeur naturelle dans l’un des Trois discours sur la condition des grands :

Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des hommes, parce qu’elles consistent dans des qualités réelles et effectives de l’âme ou du corps qui rendent l’une ou l’autre plus estimable, comme les sciences, la lumière de l’esprit, la vertu, la santé, la force.

À Dieu reviennent toutes les grandeurs naturelles découlant de sa perfection. Il est alors naturel que nous soyons pleins de révérence envers Celui qui est le Plus Grand. Et les choses se trouvent ainsi ordonnées, comme le souligne le livre de l’Ecclésiastique : « Celui qui craint le Seigneur honorera son père et servira ses parents comme des maîtres » (Si 3, 7).

Saint Jacques, dans son épitre, complète : « Toi, tu crois qu’il y a un seul Dieu. Fort bien ! Mais les démons, eux aussi, le croient et ils tremblent » (Jc 2, 19). Ce qui nous invite à faire progresser notre crainte de Dieu de servile à filiale, comme le commente Saint Thomas d’Aquin dans sa Somme Théologique :

Si l’on se tourne vers Dieu et que l’on s’attache à lui par crainte de la peine, il y aura crainte servile.

Si c’est par crainte de la faute, il y aura crainte filiale, car ce sont les fils qui craignent d’offenser leur père. (IIa-IIae, q. 19, art. 2, concl.)

Craignons Dieu notre Père comme les enfants que nous sommes, comme ses enfants. Et nous pouvons faire notre cette belle prière de celui que Jésus qualifie de « fidèle serviteur et parfait ami » :
Je vous ai grièvement offensé, ô mon aimable Rédempteur : mais ce serait bien encore pire, si je vous faisais cet horrible outrage de penser que vous n’êtes pas assez bon pour me pardonner. (Saint Claude La Colombière)

Père Laurent GHIRARDOTTI