Jésus « cracha à terre » (Jn 9, 6)

Jésus « cracha à terre » (Jn 9, 6)

Voilà un acte qu’on ne pense pas à mettre en exergue dans la vie et l’œuvre de notre Sauveur Jésus-Christ. Pourtant s’il a choisit de faire de la boue avec sa propre salive, et si Jean a cru important de nous le rapporter, c’est sûrement pour une raison !
La boue qui semble permettre de remodeler l’homme pour lui rendre la vue me fait penser au second récit de Création : « Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol [hā’ădāmāh] ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme [hā’ādām] devint un être vivant » (Gn 2, 7). Le sol, en hébreux adamah, donne le nom d’Adam, que certains traducteurs nomment « le glaiseux ». On retrouve cette origine poussiéreuse dans le crachat « à terre » (χαμαί, khămaí). Contrairement à la guérison du sourd-bègue de l’évangile de Marc, où Jésus « avec sa salive, lui toucha la langue » (Mc 7, 33b), le récit d’aujourd’hui rappelle cet ancrage terrestre que nous nous remémorions le mercredi des Cendres : « tu es poussière, et à la poussière tu retourneras » (Gn 3, 19)

Mais ce n’est pas tout : le terme grec de l’évangile utilisé pour parler de boue est πηλός (pēlós), qui désigne l’argile du potier. On retrouve l’équivalent hébreux (chomer) dans la Genèse, mais cette fois-ci pour la tour de Babel : « Allons ! fabriquons des briques et mettons-les à cuire ! Les briques leur servaient de pierres, et le bitume, de mortier » (Gn 11, 3). Alors que les habitants de Babel voulaient défier Dieu par leur tour « dont le sommet soit dans les cieux » (Gn 11, 4), Jésus utilise le même alliage pour reconstruire et sauver un homme.
En un petit geste nous est ainsi évoqué notre simple extraction terrestre, et combien Jésus vient transfigurer toute chose par sa double nature, vraiment dieu et vraiment homme.

Un dernier point qui peut faire évoquer la Création est la difficulté de communication, ou plutôt de conservation de la vérité : dans la Genèse, les propos de Dieu sont systématiquement transformés à chaque fois qu’ils sont répétés. De même ici pour la boue, aux versets 6, 11, 14 et 15 : chaque répétition est l’occasion d’une perte d’information.

Père Laurent GHIRARDOTTI