« Jérusalem habitera en sécurité »

« Jérusalem habitera en sécurité »

« Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde. » (Lc 21, 26) Les épreuves dont Jésus parle concernent tous les hommes, et leur nature correspond au nom que nous pouvons leur donner : une catastrophe. C’est-à-dire à la fois un bouleversement et un dénouement, une fin. Tout ce qui pouvait rassurer les hommes est renversé, en particulier les astres du ciel, garants pour l’homme antique d’une certaine stabilité et d’une harmonie cyclique : après la pluie, le soleil reviendra, et après l’hiver, le printemps redonnera vie à la terre.

Certes, les astres nous paraissent peut-être moins stable qu’autrefois, et ne garantissent plus pour nous un destin fixé. Le Christ Jésus nous a libéré de l’esclavage psychologique et social d’un destin inéluctable. Cependant, si la raison scientifique permet aux hommes de savoir qu’ils en sont libres, il n’est pas certain que les lois du destin ne demeurent pas sous d’autres traits à la fois rassurants et asservissants. L’alternance des périodes de guerre et de paix disparait de notre culture en Europe pour laisser place à la menace terroriste ? L’alternance de la croissance et de la dépression économiques laisse place à une crise qui dure, qui apparait maintenant comme une grande mutation ? Peut-être que nous pouvons comprendre ce qui fait mourir de peur notre voisin. Le métier de son fils de dix ans n’existe pas encore, et le sien va bientôt disparaître. L’eau qu’il boit s’épuise, et le terrain que sa fille achètera est déjà pollué.

Tout ce qui pourrait nous rassurer, même les rêves déçus du progrès technique, peut être abattu sans que le disciple de Jésus désespère de déposer en ce monde agité ne serait-ce qu’un petit germe d’amour : toutes les puissances seront ébranlées, mais la ville bâtie sur le Christ est solide comme son fondement. Jérusalem habitera en sécurité.

 

Par le père Romain Civalero